Relieur : Un métier d’Art pour restaurer les pages du temps

Relieur : un métier pour restaurer les pages du temps

Robert Knobloch se définit lui-même comme « le pur produit d’une reconversion ». Établi dans le transport de matières dangereuses depuis plus de 20 ans, Robert à réorienté sa carrière suite à un accident du travail et excelle désormais dans l’Art de la Reliure et de la Dorure de documents anciens. C’est dans les années 2000 que ce passionné de livres débute sa formation pour donner vie 5 ans plus tard à son propre Atelier Artisanal, installé sur la commune d’Aubignosc.
Il nous raconte son parcours et son métier… témoin du temps qui passe, pour relier les générations.

Racontez-nous vos débuts dans la profession ?

Après ma formation à Marseille j’ai fait un bref passage aux Archives Départementales de Digne où je travaillais dans leur atelier. A cette époque, je participais à des expositions et des foires aux livres où je réalisais des démonstrations du métier de Relieur. Un homme a alors repéré mon travail, il s’agissait du Père Bibliothécaire du Monastère de Ganagobie qui souhaitait me soumettre quelques ouvrages. Nous avons alors commencé à travailler ensemble et cela m’a permis d’ouvrir mon atelier par la suite.

En quoi consiste votre travail au Monastère ?

Il s’agit en général de maintenir en état la bibliothèque du Monastère qui contient au moins 164 000 livres… Et cela représente du travail pour plusieurs générations !
Le Père Bibliothécaire m’apporte en général une caisse pleine d’ouvrages à remettre en état et me souhaite bon courage !
Il y a aussi du « petit bricolage », leur livre de Prières est utilisé 7 fois par jour et s’use donc très vite ! Il y a aussi la reliure de journaux et revues, la restauration de gravures ou de partitions… Tout ce travail est très passionnant et représente tout de même 70 % de mon chiffre d’affaires.

Qui sont vos autres clients ?

Les communes pour les registres d’état civil, les archives en général dont beaucoup de documents sont gardés au monastère. N’oublions pas que nos registres d’état civil datent de la Révolution. Les particuliers possèdent également de nombreux ouvrages à forte valeur sentimentale ou plus rarement de vrais trésors. Un couple m’a un jour apporté un Bible vieille de 200 ans complètement détrempée… Il m’a fallu 2 mois pour parvenir à sécher le papier !

Quel est le plus vieux document que vous ayez restauré ?Le Relieur au travail - Robert Knoblauch

C’était un parchemin du Xème siècle, un morceau de partition… un document vraiment unique ! La plupart des documents que je traite sont assez anciens, il y a de nombreux registres paroissiaux, de vieux actes d’église…
L’état civil est donc entre de bonnes mains ! Notre généalogie est bien entretenue ?
Oh oui ! Disons que l’état civil c’est un peu ma passion et le fleuron de l’entreprise.
Les Mairies ont beaucoup de travail, notamment sur le carrefour Bléone / Durance et sont obligées de planifier les restaurations d’ouvrages sur de nombreuses années pour étaler les budgets. Là aussi il y a du travail pour plusieurs générations !

Quelles sont les étapes clefs d’une reliure de qualité ?

La reliure, c’est une succession de petites étapes indispensables. Tout d’abord, il faut de bons outils, une dizaine environ et quelques machines indispensables comme une presse et une couseuse.
Après un premier diagnostic visuel où je regarde la tranche et le niveau de dégradation, je découds soigneusement le livre. Cahier par cahier, page par page, j’enlève les résidus de colle, je répare les pages grignotées par le temps avec des onglets, ces petites pièces qui viennent combler les déchirures du papier.
Je réalise ensuite le grecquage qui consiste à tailler, à l’aide d’une presse et d’une scie, des sillons en «V» sur la tranche qui permettront de laisser passer les ficelles de la cousure.
Le livre est ensuite amené sur le cousoir pour être assemblé. La machine comporte plusieurs ficelles tendues contre lesquelles sont cousus les cahiers. Le fil est alors passé alternativement entre ces ficelles guidées par les trous du grecquage. Pour consolider le tout, la tranche est encollée puis séchée.
La phase suivante consiste à réaliser les pages de couverture à l’aide de cartons, aussi appelés « les plats ». Ceux-ci sont montés en passant les ficelles de l’extérieur vers l’intérieur. Je les effiloche et les colle ensuite en éventail à l’intérieur du carton.
La dernière étape est la finition de la couverture : la tranche, le doublage, les coins, la dorure…

C’est un véritable travail d’orfèvre. Quelle est votre étape préférée dans cette restauration presque chirurgicale ?

Le plaisir de voir l’oeuvre finie, qui retrouve une nouvelle santé en gardant les marques du temps. C’est également très agréable de travailler de belles matières lors de l’ornementation des couvertures, le cuir est choisi avec le client et taillé dans une seule et unique pièce. De nombreuses couvertures sont en toile ou encore laissées dans leur jus dès que cela est possible. J’aime garder une cohérence lors de la restauration d’un ouvrage.
Chaque nouveau livre nécessite la même minutie et apporte avec lui un bout de son histoire qui rend chaque restauration unique.

Relieur- Restauration Bible 200 ansC’est un métier très technique mais on voit que c’est avant tout un métier d’art qui nécessite une grande passion. Qu’en pensez-vous ?

Oui, effectivement il faut savoir maîtriser ses gestes et travailler un livre dans son ensemble pour lui rendre son apparence d’origine. La dorure est un aspect important de la finition, il nécessite un savoir-faire et du matériel différent de la reliure. J’interviens sur cette étape pour les ouvrages reliés par les Soeurs bénédictines de Rosans qui ne sont pas équipées pour cela. Je refait les titres des tranches dorés à la feuille, c’est aussi une très grande satisfaction.

Votre travail va traverser les âges.
Avez-vous une signature à la manière des artistes ?

C’est un travail anonyme pour l’utilisateur mais je laisse tout de même ma signature à l’intérieur de la couverture, dans le cuir. Je l’accompagne sur certains ouvrages d’une petite blague destinée aux futurs relieurs… dans 100 ans !

Robert, merci pour votre temps et votre sympathie. On vous laisse notre livre de cuisine de 1902 transmis par nos grands-parents… 300 pages à découdre, nettoyer, recoudre…
Ce travail pour la transmission et la préservation de notre patrimoine est très important, le métier se perd un peu et c’est tout un trésor de notre histoire qui attend de retrouver son teint d’autrefois.
Quelques vocations suffisent actuellement à occuper ce petit marché, qu’en sera t-il demain ?

Atelier de reliure
« Le Cousoir »

04200 AUBIGNOSC
Tél./ Fax : 04 92 62 41 77
knoblauch@free.fr

Par Marion VAUDOIS.