L’Envolée
Les Ateliers et Chantiers d’Insertion (ACI) sont des structures subventionnées par l’Etat qui permettent l’accueil et l’embauche de personnes sans emploi rencontrant des difficultés socio-professionnelles. Les ACI gèrent des activités d’utilité sociale marchandes ou non marchandes et organisent le suivi, l’accompagnement, l’encadrement technique et la formation de ses salariés en vue de rechercher les conditions d’une insertion professionnelle durable.
Jazette Magazine s’est rendue sur un chantier d’insertion local pour mieux en comprendre le fonctionnement. C’est l’association l’Envolée à Sisteron qui nous a ouvert les portes de son organisation pour nous montrer avec enthousiasme les nombreux résultats obtenus depuis leur début il y a 4 ans. En quelques mots, il récupèrent et redonnent une seconde vie à nos vêtements, meubles et objets quotidiens. Le succès de la formule a conduit à l’ouverture d’un nouveau magasin pour le plus grand plaisir des ses clients et salariés, le rendez-vous sera désormais rue des Combes.
Nous avons rencontré les personnes responsables de cette réussite, Mme Joëlle Ariey, Directrice et Fondatrice de l’Envolée, M. Jean-Marc Cheilan, Encadrant Technique, M. Etienne Brunet, responsable administratif et accompagnant social auprès des salariés et M. Sylvain Jaffre, Président de l’Envolée.
Comment est née l’Envolée ?
Joëlle Ariey : C’est un projet amorcé en 2003, il a fallu un an pour le mettre en place. Lorsque j’ai présenté le projet à M. Spagnou, il a adhéré pleinement et nous a beaucoup aidé. C’est important pour nous d’avoir eu un tel soutien, d’autant plus que c’est la première personne que nous avons rencontré dans la construction de ce projet.
Quelles sont vos ressources principales ?
Sylvain Jaffre : Notre association est reconnue d’utilité sociale et nous travaillons donc beaucoup avec l’Etat. Nous recevons des subventions de l’Europe, de l’Etat, du Conseil Régional, du Conseil Général, de la Mairie de Sisteron. Quelques entreprises privées nous apportent également leur soutien à de nombreuses occasions.
Les institutionnels sont fidèles car ils ont conscience de ce qu’apporte l’Envolée dans le secteur social. Jusqu’à présent, il n’y avait pas de chantier d’insertion à Sisteron pour offrir des débouchés à des personnes en difficulté, notamment pour un public en majorité féminin et en situation de famille monoparentale, allocataires du RMI ou de l’Allocation de Parent Isolé.
Quels types de dons acceptez-vous ?
J. A. : On prend tout ! Mais attention, on fait un tri sélectif. On estime que ceux qui achètent les objets ont droit à un certain respect. Nous redonnons vie aux objets et nous avons une exigence de qualité concernant ce que l’on vend et le service que l’on apporte aux gens. Nous avons de l’électroménager, des meubles, de la vaisselle, des vêtements…lorsque nous recevons les objets, le nettoyage et la réparation des meubles sont réalisés en ateliers par M. Cheilan et les salariés de l’atelier meubles. Nous avons des hommes mais aussi des femmes parmi les salariés qui se chargent de récupérer les dons volumineux et de les livrer après achat.
Qui sont vos principaux donateurs ?
S. J. : Les particuliers bien sur, ils nous apportent une multitude de vêtements et objets variés et nous les remercions ! Des professionnels nous font parfois des dons importants et je dirai que, sans prétention, lorsqu’une entreprise à besoin de se débarrasser de quelques choses, elle va d’abord penser à nous les apporter au lieu de les porter à la benne. En 4 ans, l’Envolée est devenue une institution, cela nous arrive d’aller jusqu’à Banon pour vider des appartements ou des maisons entières ! Les associations tutélaires font également appel à nous pour venir récupérer des lots de meubles.
De quels moyens disposez-vous pour gérer une telle organisation et de si gros volumes ?
Jean-Marc Cheilan : Pour les transports on dispose d’un véhicule offert par la Mairie et d’une fourgonnette en grande partie financée par la Direction du Travail. Entre les meubles à récupérer et les livraisons, nos véhicules sont constamment en mouvement. Pour le stockage, la mairie nous met à disposition deux box et nous avons aussi deux garages supplémentaires. La gestion du mobilier demande une grosse organisation et beaucoup de travail notamment concernant l’agencement de la boutique. Entre le montage et le démontage des meubles, on doit gérer beaucoup de manutention et de logistique avec cet espace.
Vous recevez des quantités énormes de vêtements, comment gérez-vous cette masse de dons ?
S. J. : lorsque nous réceptionnons les vêtements, nous effectuons un tri de première catégorie que nous classons par saisons dans des cartons bien répertoriés. Le tri de seconde catégorie est mis en sac puis tout cela est descendu au Gand, dans les locaux que nous prête la municipalité. Dès que l’on a atteint un certain tonnage, une association parisienne récupère notre stock et redistribue les vêtements dans les pays pauvres. Ce qui n’aura pas été distribué finira en moquettes ou en peluches…
J. A. : L’atelier de réception est le plus important concernant le textile, c’est ici qu’il faut être vigilant et ne pas laisser passer un vêtement de mauvaise qualité. On est toujours à la recherche de la perfection afin d’offrir à nos clients des vêtements de secondes mains irréprochables. Les salariés font également un travail très minutieux au repassage, c’est ici que l’on effectue souvent un second tri car on s’aperçoit de détériorations. Si le vêtement n’est pas complètement “net”, ça part au tri !
Votre structure se situe entre l’association et l’entreprise, quelle différence pour les salariés ?
J. A. : Il faut dire que au sein de l’Envolée, les salariés viennent pour travailler mais nous avons aussi des interventions. Nous recevons par exemple le CODES et la Ligue de l’Enseignement, ils apportent une aide pour identifier ses problèmes, redécouvrir l’apprentissage ou se remettre en question. Cela apporte une réflexion importante et les salariées femmes sont particulièrement assidues et volontaires dans cette démarche. On est une association mais qui se mène comme une entreprise, avec en plus de l’écoute et on trouve des solutions avec eux, on les accompagne en leur redonnant confiance. On retrouve une certaine liberté par le travail et aussi de la reconnaissance vis-à-vis d’autrui.
Notre objectif primordial c’est que les salariés qui rentrent à l’Envolée aient une sortie positive. Même s’il n’y a pas emploi ou formation, il faut qu’il y ait des projets et en général c’est le cas. On met également en place des aides pour le permis de conduire, nos salariés doivent être complètement autonomes.
Vous étiez avant sur l’avenue Jean Moulin et depuis le 5 août 2008 la nouvelle boutique se situe dans la rue des Combes, que représente ce nouveau lieu pour votre association ?
J. A. : Cette boutique est tout d’abord le fruit d’un gros travail de transformation réalisé en équipe. La municipalité à financé les travaux mais ce sont surtout les bénévoles qui ont tout réalisé ici. Si les locaux ont de l’allure, c’est aussi les salariés qui s’investissent. Tout ici est issu du recyclage, de l’échange, des idées et surtout des projets. Mon mari nous a apporté les idées nécessaires pour l’agencement du lieu et les talents de menuisier le Jean-Marc Cheilan nous ont permis de faire beaucoup.
S. J. : Nous avons vraiment souhaité organiser ce lieu de manière professionnelle afin d’apprendre à nos salariés les principes de la vente en boutique, la décoration, le pliage, le rayonnage… c’est notre atelier grandeur nature ! C’est important pour les salariés et les clients de l’Envolée que ce lieu soit accueillant et puisse mettre en valeur la marchandise.
J-M. C. : C’est aussi beaucoup plus pratique pour tout le monde, cette boutique nous fait gagner en organisation et il y a moins d’isolement pour la personne qui travaille en boutique.
Les salariés sont-ils préparés à retrouver la rigueur du monde de l’entreprise ?
J. A. : l’encadrement a de nombreuses exigences vis-à-vis des salariés. L’exigence du travail bien fait facilite le retour à l’emploi. Il faut que nos salariés puissent rencontrer les conditions similaires au monde de l’entreprise et la rigueur en fait parti. Cela nous permet d’avoir une crédibilité dans notre recherche d’employeurs. Tous les mois et demi nous avons une réunion des salariés où nous leur expliquons bien que nous avons une certaine tolérance à l’association qu’ils ne trouveront pas ailleurs. C’est pour cela que j’essaie de maintenir une certaine rigidité, je leur dit toujours : ” je veux que vos partiez parfaites “ !
Comme dans l’entreprise, avez-vous des exigences de rentabilité vis-à-vis des salariés en insertion ?
S. J. : Non. Nous avons des exigences de résultats vis-à-vis de notre projet, nous souhaitons qu’il grandisse et s’améliore. Le social et l’économique sont liés, on ne peut pas monter d’actions efficaces sans générer un retour qui nous permettra d’avancer et d’apporter un intérêt social. Le but ultime est d’avoir de plus en plus de salariés en insertion au sein de l’Envolée. Si notre activité génère des bénéfices, nous pourrons les réinvestir. Nous devons chercher la rentabilité pour permettre au chantier de continuer à grandir, c’est important de pouvoir apporter un retour quantifiable à nos partenaires. Nous apportons plus que des résultats, nous avons des perspectives. Il ne faut pas que nous restions sur nos acquis, il va falloir que nous ayons de nouvelles perspectives de développement, c’est capital.
